III] Conséquences et Solutions

A_Conséquences sur la Santé des populations

                                             

  La sous-nutrition ou la mal-nutrition, implique un manque de nutriments dans l'organisme, ce qui entraîne un affaiblisssement du système immunitaire et donc une vulnérabilité accrue aux infections. Les populations d'Afrique subsaharienne subissent donc des épidémies et de nombreuses maladies peuvent se développer: Paludisme, VIH, dysenterie... 

Relation entre la Nutrition et le VIH

Comparaison entre un individu bien nourri et un autre sous-alimenté

 

B_Solutions


   1°) Mis en place de politiques agricoles

 

             POLITIQUES AGRICOLES : OBJECTIFS ET INSTRUMENTS

 

   Pour faire face aux défis et contraintes évoqués précédemment, l’élaboration et la mise en œuvre de politiques agricoles constitue pour la plupart des pays d’Afrique, non exportateurs de pétrole, les principaux outils. 

   Au cours des dernières décennies, les politiques agricoles en Afrique subsaharienne sont totalement négligées et priorité est donnée à d’autres secteurs : la part des dépenses agricoles dans les dépenses globales décline de 6,3 % en 1990/91 à 4,6 % à la fin de la décennie. En 1998, la part moyenne de l'agriculture dans les dépenses publiques globales s’élevait à 5 % pour l’Afrique, contre 10 % pour l’Asie. 

LES PROGRAMMES D’AJUSTEMENT STRUCTUREL

   À la fin des années 1970, pour faire face à une crise économique grave,d’importants prêts sont alors accordés aux pays qui s’engagent en contrepartie à rétablir les équilibres fondamentaux de leur économie à travers la mise en œuvre de programmes d’ajustement structurel (PAS). Les PAS suivent un agenda libéral, qui se traduit par une réduction du financement des dépenses publiques (y compris des dépenses sociales), par un "dégraissage" de la fonction publique et par une ouverture des secteurs productifs de l’industrie et de l’agriculture à la concurrence internationale par l’élimination des barrières douanières et par la mise en place d’une politique de privatisation.

   On peut en partie expliquer les crise actuelles de l’agriculture en Afrique subsaharienne par cette implication insuffisante des États dans la régulation du secteur, mais aussi au piètre fonctionnement des institutions d’État, à l’absence de politiques appropriées, et enfin au déséquilibre des échanges mondiaux. 


   Aujourd’hui, l’agriculture semble de nouveau être considérée comme un secteur prioritaire et un moteur de développement ; à ce titre, elle a besoin de politiques agricoles ambitieuses. Les réformes agricoles peuvent être un vecteur de réduction de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire. Ainsi, l’engagement des gouvernements africains, exprimé en 2003 et réitéré en 2006, d’augmenter jusqu’à 10 % leur budget agricole.

 

_Qu’est-ce qu’une politique agricole ?

 

Les politiques agricoles se composent d’un ensemble d’interventions publiques qui portent sur l’agriculture nationale et sur les importations et les exportations de produits agricoles. Elles fixent des objectifs spécifiques dans différents domaines du secteur comme celui de l’organisation des marchés intérieurs des produits agricoles, de la sécurité alimentaire, de l’emploi agricole, de la répartition géographique des activités… En d’autres termes, une politique agricole se traduit par la définition d’un résultat spécifique et la mise en œuvre d’une combinaison d’instruments pour atteindre ce résultat.

 

_Comment élaborer une politique agricole ?

Élaborer une politique agricole consiste principalement à effectuer des choix stratégiques et opérationnels.

La définition des orientations stratégiques implique d’identifier les domaines d’action prioritaires, les productions à encourager, les importations qui posent problème, etc. Pour cela, il est nécessaire de prendre en compte les contraintes actuelles à la production (agro-écologiques notamment), ainsi que les projections faites sur ces contraintes et sur les défis à relever (croissance démographique par exemple). La qualité des services statistiques est à cet égard essentielle. Mais les choix stratégiques résultent aussi, et surtout, de processus de négociation entre les différents acteurs intervenant dans l’agriculture (administrations, collectivités territoriales, organisations de producteurs, organisations non gouvernementales, opérateurs privés, bailleurs). L’enjeu est de rechercher des compromis entre des demandes sociales et des intérêts parfois contradictoires, qui doivent idéalement être acceptés par tous et aller dans le sens de l’intérêt collectif.

Les choix stratégiques se déclinent ensuite en actions dans chacun des domaines retenus. Pour que la politique agricole soit vraiment opérationnelle, il importe de hiérarchiser les priorités, définir les mesures concrètes, les modalités d’intervention et les instances de mise en œuvre (rôles et responsabilités de chacun des acteurs) ; ce que ne font pas souvent les multiples documents (plans, programmes…) qui fixent le cadre des actions. Les arbitrages budgétaires doivent également permettre de planifier sur la durée les moyens nécessaires à la mise en œuvre des actions.

La prise en compte des engagements régionaux, bilatéraux et à l’OMC est une étape importante dans la définition d’une politique agricole. Elle doit assurer la conformité de la politique avec les engagements et les règles multilatérales. Mais ces règles ne sont pas immuables, elles se négocient en permanence. Il apparaît donc judicieux de définir d’abord l’orientation nationale avant de prendre en compte les contraintes externes, et ainsi de donner la priorité aux intérêts nationaux.

À chaque stade de l’élaboration de la politique agricole, la concertation avec les professionnels de l’agriculture et avec la société civile dans son ensemble est essentielle. Elle permet de s’assurer que la politique sera acceptée et prise en compte par les acteurs et qu’elle répond à leurs besoins ; elle est un gage de son efficacité. Plus les acteurs sont organisés et en capacité de faire entendre leur voix et de défendre leurs intérêts, plus le processus de concertation est lui-même efficace. Le temps est alors une donnée primordiale dans l’élaboration d’une politique agricole concertée.

 

Les objectifs des politiques agricoles sont vastes :

 

  • assurer la disponibilité, la durabilité, la salubrité et la qualité de l’alimentation ;
  • garantir le niveau d’approvisionnement et la stabilité des prix des denrées agricoles ;
  • préserver l'utilisation durable de la terre et des autres ressources environnementales ;
  • prendre en compte les aspects sociaux.

 La priorité a souvent été accordée aux revenus des exportations et aux importations pour assurer la sécurité alimentaire. C'est encore le cas pour certains pays importateurs nets de produits alimentaires comme le Kenya. D’autres pays se sont fixés des choix et des objectifs différents. Par exemple, certaines politiques agricoles comme la politique agricole régionale de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, définie en 2005, incluent des objectifs (i) de réduction de la dépendance aux importations de produits alimentaires en favorisant la production vivrière locale, (ii) d'intégration économique et commerciale équitable des exploitations agricoles sur les marchés mondiaux.

 

_Quels sont les instruments de politique agricole ?

 

Il existe un très large éventail d’instruments auxquels les gouvernements peuvent recourir pour atteindre leurs objectifs en matière d’agriculture. Ces instruments doivent généralement être combinés pour obtenir l'impact souhaité. On constate ainsi que l’efficacité des politiques agricoles visant à développer les productions nationales augmente lorsque ces politiques s’accompagnent de restrictions d’accès au marché intérieur aux importations de produits agricoles étrangers. L'expérience montre aussi que les mesures de protection ne sont généralement pas efficaces si elles ne sont pas associées à des mesures de soutien interne appropriées. 

Autre illustration, l'interdépendance entre agriculture et activités non agricoles dans les zones rurales : la mise en œuvre parallèle de ces deux types d’activités apparaît souvent nécessaire pour permettre aux familles rurales non agricoles d’obtenir des emplois et des revenus non agricoles.

 

Les barrières aux importations - tarifaires et non tarifaires

 

Une politique agricole se complète d’une politique commerciale, ou tout au moins les choix de politiques agricoles devraient-ils se refléter dans la politique commerciale pour assurer une cohérence entre politique agricole et politique commerciale. Dans le but de préserver et de développer la production nationale ou régionale, un gouvernement, ou une organisation régionale, peut ériger des barrières commerciales pour limiter la quantité de marchandises agricoles importées, c’est le cas des quotas d'importation. Ces quotas peuvent être appliqués de manière saisonnière, pendant la période de mise en marché des produits locaux.

Le même gouvernement peut aussi établir un tarif douanier visant à augmenter le prix intérieur du produit importé : le droit de douane.

Ces barrières jouent toutes deux en faveur des producteurs nationaux.

En 1998, le Kenya connait un afflux d’importations de lait en poudre à bas prix. En réponse aux pertes subies par les producteurs laitiers locaux et pour réduire la dépendance d’un pays autrefois autosuffisant en lait, le Gouvernement décide de doubler les droits de douane (de 30 à 60 %). À partir de 2001, après l’instauration de droits de douane plus élevés, la production redémarre et le secteur laitier national recouvre sa bonne santé.

Le quota d’importations est utilisé en 2005 au Cameroun dans le secteur avicole, lorsque le Gouvernement fixe le maximum des importations de volailles à 5 000 tonnes, pour la période allant de septembre 2004 à mars 2005. Cette mesure s’accompagne de l’instauration de fortes taxes sur le poulet importé, avec des effets très positifs sur la capacité de production locale qui augmente alors fortement.

Le système des fourchettes de prix (ou bandes de prix) est un mécanisme qui autorise une variabilité des droits de douane sur les importations de produits agricoles spécifiques. Lorsque le prix des produits importés se situe à l’intérieur de la fourchette, les droits de douane sont fixes. S’il dépasse la limite supérieure, les droits de douane varient à la baisse. En deçà de la fourchette, les droits de douane varient également, mais à la hausse. En d’autres termes, plus le prix du produit importé est élevé, moins les droits de douane le sont ; plus le prix du produit importé est faible, plus les droits de douane seront élevés.

 

Le soutien aux revenus des agriculteurs

 

   Les gouvernements peuvent contribuer à fournir un revenu minimum garanti aux agriculteurs grâce à des versements d’aides directes. Ce type d’aide peut être ciblé sur des zones spécifiques moins favorisées ou attribué avec des conditionnalités, par exemple l’utilisation de pratiques respectueuses de l'environnement. Ce revenu minimum garanti est coûteux budgétairement pour les États qui n’en ont pas les moyens et reste rare en Afrique. 


Plus indirectement, les gouvernements soutiennent les revenus agricoles par l’usage de différents instruments : programmes d'aide pour encourager le développement agricole et rural ; aide à la réforme et à la restructuration de l'agriculture ; contrôle sanitaire. 

Une autre manière pour les gouvernements de soutenir les revenus agricoles consiste à soutenir les mécanismes d'assurance en cas de catastrophes naturelles, d’épidémies parasitaires ou de chutes des cours du marché.

 

L’organisation des marchés

 

Les gouvernements peuvent aussi intervenir sur les prix et réguler le marché. Les offices de commercialisation (marketing boards) visent la stabilisation des prix en garantissant le prix d’achat aux agriculteurs. 

Des organismes publics peuvent aussi agir directement sur les marchés par des politiques de stockage : on se sert alors des stocks pour maintenir le cours du marché à un certain niveau, un prix plancher, afin d’encourager la production locale. On peut aussi fixer des prix plafonds pour encourager la consommation.

 

Les infrastructures rurales

 

Les infrastructures constituent un instrument essentiel de politique agricole. L’accessibilité des zones rurales permet aux agriculteurs d’être reliés aux marchés, elle stimule la productivité, la commercialisation des produits et l’emploi rural. La faiblesse et l’inadaptation des infrastructures rurales constituent des obstacles majeurs à la compétitivité des agricultures africaines, tant sur les marchés intérieurs qu’internationaux. L’amélioration, le développement et l’entretien des routes rurales sont essentiels ainsi que la fourniture d’infrastructures de base pour favoriser l'investissement du secteur privé dans la commercialisation, le stockage et la transformation des aliments. 

Les infrastructures (totalement ou partiellement) publiques peuvent inclure les périmètres irrigués, l’accès à l'eau et l’énergie.

   

   2°) L'agriculture familiale

 Dans cette article publié par LeMonde, Etienne Hainzelin, conseiller du président directeur général du Cirad explique que l'agriculture familiale est une des possibilités de dévellopement agricole et économique de l'Afrique subsaharienne.

L'AGRICULTURE FAMILIALE LARGEMENT MAJORITAIRE DANS LE MONDE

La majorité des agriculteurs du monde demeurent "familiaux": leur activité économique est structurellement liée à leur famille. Ce lien, au-delà de la très large diversité de taille, de système de production, d'insertion au marché, de niveau technologique et de capital, conditionne le processus de décision, l'organisation du travail, la gestion des activités et des facteurs de production et la transmission du patrimoine. A l'échelle mondiale, les 800 millions de petits producteurs suivent la logique familiale d'exploitation, emploient l'écrasante majorité des 1,3 milliards d'actifs agricoles et font constamment la preuve de leur capacité à évoluer.

L'"ajustement structurel", imposé dans les années 80 aux pays les moins avancés, a impliqué le retrait de l'Etat du secteur agricole. En Afrique sub-saharienne, ce traitement de choc, a tué dans l'œuf les quelques dynamiques d'intensification et exposé brutalement les agriculteurs à la concurrence globale de produits venant de zones où les productivités du travail étaient bien plus élevées. L'impact de cette désaffection pour le secteur a été énorme : dégradation des infrastructures agricoles, forte baisse de l'utilisation d'engrais, disparition des structures d'accompagnement technique, érosion des capacités de recherche, accentuation de la pauvreté rurale et de la faim...

Malgré ces contraintes, les agriculteurs africains ont su résister, innover et continuer à alimenter les villes mais au prix d'une extension des surfaces cultivées, sans que le maintien de la fertilité soit durablement garanti.

L'AGRICULTURE DE NOUVEAU AU CENTRE DE L'AGENDA DU DÉVELOPPEMENT

Aujourd'hui l'agriculture revient au centre des attentions car on reconnait que plusieurs grands défis globaux – alimentation, énergie, santé, pauvreté, dégradation des écosystèmes, changement climatique - risquant de constituer une crise systémique majeure, impliquent l'activité agricole à un degré ou un autre. Par ailleurs, l'Afrique sub-saharienne n'a pas vécu, comme les autres continents, sa "transition économique", entraînant un passage massif de l'activité agricole vers les autres activités ; elle a vécu une urbanisation sans industrialisation, sans nouveaux gisements d'emplois.

La question de l'agriculture se pose donc de façon particulièrement aigue car les agriculteurs africains, pour la plupart en situation de pauvreté radicale, vont devoir nourrir, renforcer les services éco-systémiques, produire des agrocarburants, etc. et, dans le même temps, générer cette "transition économique". Les responsables politiques, qui affichent des objectifs agricoles très ambitieux, se basent souvent sur un modèle de "modernisation" passant par les grandes exploitations mécanisées au risque de provoquer l'éviction des petits paysans pauvres, jugés non viables.

L'AGRICULTURE FAMILIALE, INDISPENSABLE POUR DÉVELOPPER L'EMPLOII EN L'AFRIQUE

RuralStruc rappelle l'arrivée massive des jeunes sur le marché de l'emploi en Afrique subsaharienne ; ils seront 25 millions par an en 2025, et ce sera donc près de 200 millions d'emplois qu'il faudra trouver d'ici là en zone rurale. Cette arrivée peut être une opportunité de développement ou une véritable bombe sociale, selon que ces jeunes parviennent ou non à vivre de leur revenu. Le secteur agricole, avec 65 % des actifs, sera longtemps prépondérant car les perspectives d'emploi dans les autres secteurs restent limitées. Au-delà de la production et de la sécurité alimentaire, il devra donc impérativement générer plus d'activités et de revenus et la création d'emplois doit devenir un critère incontournable des choix de développement agricole. De ce fait, représentant l'écrasante majorité de l'emploi agricole, les agricultures familiales sont incontournables, l'agriculture entrepreneuriale génèrant bien moins d'emplois. L'étude montre aussi, au delà de la diversité des situations, que la pauvreté est sévère et générale : près de 80 % des ménages enquêtés ont des revenus nettement inférieurs à 2 dollars par personne et par jour. A un tel niveau de pauvreté, l'autoconsommation familiale est la seule stratégie possible.

Selon Ruralstruc, trois pistes sont à privilégier :

_Développer les marchés régionaux. 

En dehors de quelques rares niches et des filières organisées à l'exportation, le petit producteur ne peut pas faire valoir un avantage comparatif dans le marché global. Les marchés des produits alimentaires au niveau régional restent les plus accessibles et bénéficient d'une demande forte et durable ; leur développement est une clé pour l'innovation et la diversification rurale, ce qui suppose des politiques très volontaristes de soutien, voire de protection.

_Générer une diversification des revenus. 

La majorité des ménages tente d'avoir une activité hors exploitation, mais le retour financier est très faible car les emplois hors agriculture sont rares et mal rémunérés et les plus pauvres n'y ont pas accès. Ils semblent condamnés à des activités de survie et bloqués dans des" pièges à pauvreté ", au niveau de la région ou du ménage. Pour commencer à se diversifier, les agriculteurs les plus pauvres doivent être soutenus, leurs actifs protégés, pour passer un cap et mieux faire face aux risques.

_Réinvestir des stratégies de développement ancrées dans les territoires.

  Seule une option radicale pour l'agriculture familiale pourra réduire cette pauvreté rurale et enclencher de dynamique de développement profitant au plus grand nombre. Pour accroitre les revenus agricoles, clé de la demande rurale et de l'indispensable diversification, il faut augmenter la productivité et garantir un meilleur accès aux ressources et aux marchés. Les niveaux de pauvreté rurale imposent des investissements massifs dans les biens publics que sont les infrastructures, la formation et l'innovation, le fonctionnement des marchés et l'intégration régionale. La cohérence de ces investissements doit s'appuyer sur des stratégies de développement intégrées visant explicitement la lutte contre la pauvreté. Alors qu'on a longtemps préféré des approches sectorielles peu coordonnées, il faut réinventer des démarches territorialisées et participatives, avec de véritables priorités d'actions. L'agriculture familiale, ancrée dans les territoires, pourrait alors pleinement jouer son rôle de ferment de développement.

Il n'y a pas de modèle prêt à porter pour le développement rural tant est grande la diversité des situations, mais il y a des questions fondamentales à se poser où que l'on soit. Si on veut œuvrer pour un développement qui ne concentre pas les richesses mais qui réduise la grande pauvreté et les inégalités, et génère un grand nombre d'emplois, la priorité doit clairement être donnée aux agricultures familiales, qui a fait ses preuves partout dans le monde pour son efficacité technique et économique, son adaptabilité, sa contribution au capital social, son insertion dans des logiques territoriales, la durabilité de ses stratégies, etc. Ce choix suppose avant tout une sécurisation du foncier, avec une protection des droits d'usage, puisque ce sont ces agricultures qui sont menacées le plus souvent par les achats massifs de terres. René Dumont, dans son célèbre livre"l'Afrique noire est mal partie", posait des questions de fond sur la transformation structurelle de l'agriculture dans ce continent. 50 années plus tard, les évolutions ont été considérables mais certaines des questions restent d'une actualité brulante et cela donne la mesure du délaissement qu'ont vécu les populations rurales africaines. Les Nations Unies ont décidé que 2014 sera l'année internationale des agricultures familiales. Souhaitons que ce soit l'occasion d'une réelle prise de conscience de tout ce qu'elles ont à apporter au développement.

 

3°) Des perspectives de dévellopement durable

 

  Depuis dix ans, la croissance de L'Afrique excède 5% par an en moyenne. Mais ce bon chiffre cache une réalité moins souriante, si l'on en croit le rapport pour 2012 "Le développement économique en Afrique : transformation structurelle et développement durable" publié mercredi 13 juin par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced).

 Celle-ci souligne que cette croissance repose sur l'exploitation de ressources non renouvelables et s'avère insuffisamment créatrice d'emplois en raison de la faible valorisation des produits de base qu'exporte l'Afrique.

 Si les gouvernements poursuivent dans cette voie, ils s'exposent à de sérieuses désillusions. D'ici 2050, le continent comptera 29% de jeunes de 15 à 24 ans et les deux-tiers des chômeurs se recruteront dans cette tranche d'âge avec les risques d'explosion sociale de type Afrique du Nord qu'alimente cette inactivité.

 "Il lui faut donc développer au fil des années des activités de plus haute valeur ajoutée, explique Bineswaree Bolaky, économiste de la section Afrique de la Cnuced. Le Botswana a montré la voie en créant une joaillerie de qualité pour valoriser ses pierres et ses métaux précieux. Les produits agricoles peuvent être élaborés grâce à une industrie agroalimentaire de qualité comme en Afrique du Sud. "

 

LES TERRES SONT APPAUVRIES

Pour l'instant, l'Afrique utilise en moyenne par tête moitié moins de matériaux que les autres continents, mais sa consommation a tout de même bondi de 92% de 1980 à 2008. Lorsqu'elle décollera, elle paiera le fait qu'elle extraie et importe  de plus en plus de ressources non renouvelables et notamment des combustibles fossiles.

L'Afrique subsaharienne utilise mal ses terres qui sont dégradées à 65%, selon le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) et bien incapables d'alimenter correctement les 30% d'Africains mal nourris. Et encore plus d'accompagner le doublement de sa popoulation d'ici 2050.

 

NE PAS SUIVRE LES ERREURS DES PAYS INDUSTRIALISÉS

 

Le rapport lui recommande donc de ne pas suivre les erreurs des pays industrialisés qui ont pratiqué une insouciance environnementale résumée par le slogan " d'abord la croissance, l'environnement après "" Il faut dissocier la croissance et l'utilisation des ressources naturelles, insiste Mme Bolaky. On peut faire plus avec moins d'eau, moins d'énergie, moins d'intrants grâce à l'utilisation de technologies plus efficaces et mieux adaptées aux conditions africaines. Le parc d'éoliennes que le Kenya a installé sur le lac Turkana est un bon exemple du développement à encourager dans les énergies renouvelables. La formation des paysans éthiopiens à un type de culture économe en eau va dans le même sens.Madagascar s'est mis à une riziculture intensive économe en engrais, etc. "

 

Pour ne pas payer très cher sa dépendance actuelle aux gaspillages, l'Afrique doit se dire que la protection de l'environnement n'est pas un luxe inaccessible, mais la condition d'un développement harmonieux.

 

" En 2010, 2% seulement de l'aide publique au développement était consacrée au secteur énergétique, affirme Mme Bolaky. Ce n'est pas assez et il conviendrait d'attirer des investissements étrangers dans les industries vertes et pas seulement dans les industries extractives. Les pays exportateurs de pétrole devraient mieux gérer la manne des hydrocarbures, supprimer les subventions en faveur des consommateurs de carburants et s'en servir pour financer la diversification de leur économie. Il leur serait possible aussi d'utiliser les droits de douane pour taxer les produits les plus " carbonés ". "

 Enfin, l'aide au développement des pays riches pourrait prendre la forme de transferts de technologies "vertes", conclut le rapport, afin de raccourcir les coûts et le temps d'adaptation de la production africaine aux urgences de la pauvreté du continent qui sera le plus touché par le réchauffement climatique annoncé.

   

   4°) L'Afrique peut se nourrir et nourrir le monde

 

  Selon le Nigérian Kanayo F. Nwanze, président du Fonds international de développement agricole (FIDA), les solutions existent et l'une d'entre elles consiste à soutenir les petits agriculteurs.

  Moins connu que le PNUD et la (FAO) ou le (PAM), le FIDA est une institution financière dont la mission est de soutenir des programmes de lutte contre la pauvreté rurale dans les pays en développement. Le président du FIDA été intervewé et ses propos ont été recueillis par Gilles van Kote dans le journal LeMonde:

Le rapport sur l'état de l'insécurité alimentaire dans le monde fait d'une croissance agricole "fondée sur une productivité accrue des petits exploitants" des pays du Sud un outil à privilégier dans la lutte contre la faim et la pauvreté. Concrètement, par quoi cela passe-t-il ?

   Par la capacité des populations à s'organiser et à se structurer pour être en mesure de mener des actions collectives. Egalement par l'utilisation d'engrais et de semences améliorées afin de renforcer les rendements. Attention : il ne s'agit pas de reproduire les excès de la "révolution verte" ou du modèle occidental d'agriculture intensive. Le recours aux engrais chimiques doit rester modéré.

Mais cela ne suffit pas : à quoi sert d'augmenter ses rendements si l'on ne peut pas commercialiser sa production ? Il est nécessaire de favoriser l'accès des producteurs au crédit, aux marchés et à un certain nombre de services et d'infrastructures, par exemple des installations de stockage fiables. Le FIDA a fait de la commercialisation de la production des petits agriculteurs une priorité. Mais il faut surtout un véritable engagement politique des Etats concernés.

Cette volonté semble pourtant faire défaut à un certain nombre d'entre eux...

Le développement, ce n'est pas – comme on l'a longtemps cru – ce que l'on fait pour les autres, mais ce que l'on fait pour soi-même. On l'a vu au Brésil, en Chine ou au Vietnam, où le développement est une priorité nationale. Le Vietnam est devenu exportateur de riz, dont 60 % sont produits par l'agriculture paysanne. Dans les pays en développement, les petits cultivateurs produisent 80 % de ce que les gens mangent. On ne peut pas les ignorer. Il faut faire de la transformation de l'agriculture paysanne en agriculture commerciale un défi national. En Afrique, le Ghana, la Tanzanie, le Malawi, le Rwanda ou l'Ethiopie l'ont bien compris.

Mais cela ne risque-t-il pas de se faire au bénéfice de grandes multinationales et aux dépens des agriculteurs eux-mêmes ?

Le rôle de l'agriculture familiale et paysanne – qui représente quelque 500 millions d'exploitations dans le monde – n'est pas reconnu à sa juste valeur. Les petits producteurs sont assimilés à une population pauvre qui a besoin d'assistance. Mais le secteur privé, ce n'est pas seulement Monsanto ou Unilever, ce sont d'abord les agriculteurs eux-mêmes.

Notre objectif, au FIDA, est de montrer que le petit paysan est un businessman qui veut produire plus pour gagner de l'argent, envoyer ses enfants à l'école, avoir accès aux mêmes services que les citadins... Il faut convaincre les jeunes d'aujourd'hui, ceux à qui incombera la tâche de nourrir le monde d'ici à 2050, que l'agriculture est une activité économique qui peut être rentable.


 

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